Pasteur Eugène Mallo, l�un des porte flambeaux de notre autonomie.

La Société des Missions Evangéliques de Paris (SMEP) arrive donc au Cameroun en 1917, sur la demande de l'Eglise du Cameroun pour une période conservatoire. Mener des actions conjointes pour consolider le travail accompli en freelance par le clergé local et les élites. La SMEP débarque au Cameroun, le Pasteur Elie ALLEGRET est chef de délégation. Tout est parfait au départ. Mais c'était sans compter le statut dont jouit le Cameroun. Officiellement territoire sous protectorat français, il est géré comme une colonie. Ce principe va se répercuter dans l'Eglise. La SMEP installe " la conférence des missionnaires " basée sur la différenciation et la catégorisation " Blancs / Noirs " la supériorité du " Blanc " était évidente. La " conférence des Missionnaires " s'érige en organe suprême de décisions, véritable gouvernorat qui peut décider sans consulter ni rendre compte. De la collaboration, il n'en est plus question. Le clergé local ressent cela au quotidien et en prend acte. On peut évoquer, entre autres,la rétrocession du champ de la Sanaga Maritime à la Mission Presbytérienne américaine sans aucun préalable ; aussi, l'interdiction aux ouvriers locaux de développer des activités génératrices de revenus. La seule ressource financière du pasteur étant le denier du culte. Pendant ce temps, l'émancipation des Camerounais continue. Pour la plupart d'entre eux, ils sont le fruit de l'école protestante, creuset de la rigueur intellectuelle et morale avec pour corollaire l'amour de la justice et de l'esprit participatif. C'est de bon aloi que l'Eglise constitue la plate forme idéale d'échange et de débat portant sur leur avenir. Le droit à la souveraineté serait total si et seulement si le colon et le missionnaire, en même temps lèvent le joug.A la fin de la deuxième guerre Mondiale, le changement va intervenir très vite. Le vent de la décolonisation souffle, ourdit par les Etats Unis et L'Union Soviétique soutenus par l'Organisation des Nations Unies (ONU). On voit apparaître une nouvelle culture de rassemblement au sein des partis politiques, des syndicats, et autres mouvements nationalistes avec leurs lots de revendications et de soulèvements.
C'est dans ce contexte de revendications multidimensionnelles et multidirectionnelles que l'Eglise du Cameroun va se tailler une place. Le constat est clair, le Missionnaire n'est plus un frère ou un collègue, mais le Blanc supérieur convaincu de la légitimité de sa mission salvatrice et civilisatrice. Alors, trois jeunes pasteurs se mettent à part : Eugène MALLO, Isaac MBONJO et Jean KOTTO. Ils ont beaucoup de points communs. Ils ont fait des études, ils sont donc intellectuels et font partis des élites ; ils sont enseignants, théologiens et pasteurs. Ils sont de la même promotion, consacrés le même jour au Centenaire. Ils étaient nombreux : EBOBISSE, EDEME NJOH, MALLO, MBONJO, KOTTO...  Les trois derniers cités étaient des porte-flambeaux.
Alors commence une période de réflexion, de recherche et de semence, tout doucement. Et en même temps, il faut faire vite. Le train du changement est impitoyable. Mettre en place et consolider cette Eglise du Cameroun qu'ils ont bâtie avec Foi et abnégation.
Ces trois jeunes gens commencent par capitaliser les acquis, les réalisations des trois Camerounais en période de soudure. EKOLLO, KOUO ISSEDOU et MODI DIN s'étaient partagés les champs de mission. Avec Foi et abnégation, ils ont bâti l'Eglise. Une Eglise indépendante avec à l'appui des temples et des oeuvres de témoignage (écoles - plantations - centres de santé - centre de formation biblique/théologique...). Ensuite, ils sont attentifs à la situation politique du monde, aux remous et revendications politiques que les élites essaiment au Cameroun, en Afrique et dans le monde. Là-dessus, ils ajoutent le vécu de frustration et d'intimidation qui sont le lot quotidien du clergé local, les maladresses dans les comportements, les vices de forme dans la prise des décisions et les malentendus de la SMEP par rapport à l'Eglise locale. Il fallait faire quelque chose ! Et les voilà engagés, un seul objectif : l'autonomie.
Un travail de longue haleine fondé sur la mobilité, la confidentialité, l'adhésion désintéressée, la persévérance et l'espérance. Bravant l'incompréhension des uns, et la peur de l'échec des autres, surtout à leurs risques et périls, ils ont toujours foncé. L'opération éclate au grand jour en 1956 au Synode de Foumban. MBONJO, MALLO et KOTTO, désormais les '" trois mousquetaires ", présentent la demande officielle de l'autonomie de l'Eglise du Cameroun. Il est utile de signaler que depuis Mars 1951, l'église avait une existence civile et juridique ; elle s'appelle "EGLISE EVANGELIQUE DU CAMEROUN ". Une véritable " révolution du palais ", un fait accompli parfait, le succès est total. La volonté et la détermination des " Trois Mousquetaires " est illustrée par la charte de l'ONU : L'Eglise Evangélique du Cameroun est capable de se prendre en charge. Elle dispose de temples pour des cultes, des stations et oeuvres de témoignage, des ressources humaines, des mouvements, de la Constitution et bien d'autres documents d'appui délivrés par l'Administration Française.
Le 10 mars 1957, au Temple du Centenaire, Le Pasteur Charles WESTPHAL, Vice-président de la SMEP et Vice-président de la Fédération Protestante de France, d'une part, et d'autre part, le Pasteur Paul JOCKY, Président d'Eglise paraphent le document accordant la pleine autonomie à l'Eglise Evangélique du Cameroun.

 

Dr Félix KOUOH MALLO