Enseignement primaire et maternel de L'EEC

Quelques éléments d'histoire aux sources de la crise multipolaire actuelle

La situation de l'oeuvre d'enseignement maternel et primaire de l'église évangélique du Cameroun en 2006-2007 est devenue relativement critique au niveau :
-  des infrastructures,
-  des ressources humaines et financières,
-  des compétences professionnelles, spirituelles et culturelles ...

Pour tenter de donner une vue condensée de cette oeuvre aujourd'hui nous présenterons quelques périodes qui ont façonné les hommes et leur milieu avant d'indiquer, tout aussi sommairement, les efforts entrepris ces douze dernières années pour éviter la disparition pure et simple des écoles maternelles et primaires confessionnelles dans le paysage camerounais caractérisé par le désengagement des partenaires dont le moindre n'est pas l'état.


I. L'OEUVRE DANS LE COURS DU TEMPS :

I.1 1957 à 1979 : De la création du CEBEC au Désengagement de l'EEC :

En 1957, La Mission Protestante Française au Cameroun se retira de son champ d'action et accorda l'autonomie tant à l'église évangélique du Cameroun qu'à l'Union des églises Baptistes du Cameroun. Ce qu'elle laissait aux jeunes églises prenant en main leur destin, c'était non seulement des lieux de culte, mais également des écoles, des dispensaires et des centres sociaux. Cependant, par souci d'efficacité, il fut procédé à la création du Conseil des églises Baptistes et évangélique du Cameroun (CEBEC).

Le CEBEC était une réponse institutionnelle à l'exigence de pérennisation des oeuvres de témoignage dont les écoles occupaient une place de choix, visible notamment dans le statut particulier consenti au SECRETAIRE DES ECOLES qui siégeait au Bureau de l'Agence en tant que membre ex officio " Cf. article 10 : " Le bureau du CEBEC est constitué par les Présidents des deux Eglises, les Vice-présidents des deux Eglises, les Secrétaires généraux des deux Eglises, les Trésoriers des deux Eglises et le Secrétaire des écoles. " [...] le Bureau du CEBEC compte " Trois membres non élus : les Vice-présidents des deux Eglises et le Secrétaire des écoles. "

En tant qu'instance régulatrice et stratégique, le CEBEC se voyait attribuer dans ses statuts les charges suivantes (article 2) : " Les responsabilités du CEBEC sont : de diriger les activités scolaires, éducatives, médicales et sociales de l'ancienne Mission protestante Française du Cameroun communes aux deux Eglises, d'assurer les rapports avec la Société des Missions évangéliques de Paris, de déterminer l'emploi des ouvriers de chaque Eglise et des fonds que cette Société et les Eglises constitutives du CEBEC mettent à sa disposition, et d'administrer tous les autres fonds destinés à soutenir ces activités. "

Cinquante ans après la fin de la période missionnaire, il est difficile pour les dirigeants actuels de l'oeuvre scolaire maternelle et primaire de l'église évangélique du Cameroun de se représenter ce qu'a été la Société des Missions évangéliques de Paris car il est loin, le temps de la création de cette sorte de Conseil d'Administration des oeuvres de témoignage. Le Pasteur Thomas EKOLLO occupa le poste de Secrétaire des écoles du CEBEC depuis la création de l'organisme jusqu'à la proclamation, par l'église évangélique du Cameroun, de son désengagement du CEBEC en 1979. Il poursuivra sa carrière comme Secrétaire à l'éducation pour le CEBEC, affilié à l'Organisation de l'Enseignement Privé Protestant (OEPP) jusqu'en 1989, année où il fit valoir ses droits à la retraite.

I.2 1976 à 1992 : L'état camerounais, la fin du CEBEC, l'entrée en crise financière et la déconcentration de la gestion de l'enseignement maternel et primaire de l'EEC :

Entre 1976 et 1981, alors que les établissements secondaires et les hôpitaux continuaient de bénéficier massivement de l'appui des partenaires, églises soeurs d'Europe, notamment par l'envoi de personnels enseignants et médecins, l'enseignement maternel et primaire était livré à lui-même. Le recours vint heureusement, avec la publication fin 1976 de la loi N° 76/15 sur l'enseignement privé, de l'état. Cette loi définit le cadre légal et les orientations réglementaires destinées à rapprocher l'initiative des fondateurs privés (surtout confessionnels) de la tutelle administrative. C'est ainsi que l'état donnera son agrément à l'Organisation de l'Enseignement Privé Protestant en 1980 et lui octroiera la reconnaissance d'utilité publique dès l'année suivante.

Dans le document de reconnaissance d'utilité publique, parmi la liste des treize églises protestantes fondatrices d'écoles, on peut identifier trois noms qui, en réalité, ne font référence qu'à deux fondateurs personnes morales. Il s'agit respectivement de : CEBEC, EEC et UEBC incarnés respectivement par leurs Secrétaires Généraux. De plus, depuis cette époque, le Secrétariat à l'éducation, émanation du Ministère de l'éducation nationale, a consacré le CEBEC au détriment des églises fondatrices puisque les écoles de l'EEC sont affiliées jusqu'à ce jour au Secrétariat à l'éducation pour le CEBEC. On peut donc conclure sans autre qu'à côté des deux églises fondatrices, autonomes depuis 1957, l'agence léguée par la Mission Protestante Française sur le départ s'impose aux yeux de l'état comme le véritable fondateur alors que les statuts du CEBEC stipulent, dans leur article 52 : " Il est convenu entre les deux Eglises constitutives du CEBEC que le C.A. du CEBEC ne peut acquérir, recevoir en donation, posséder ni conserver des biens immobiliers. Les immeubles qu'utilise le CEBEC pour l'exercice de ses activités sont : soit mis gracieusement à la disposition du CEBEC par les Eglises qui en ont la propriété, soit loués par le CEBEC ou les Eglises à des tiers. " Ce tour de passe-passe est en réalité l'une des grandes causes de la crise multifactorielle et pérenne qui s'est installée dans l'oeuvre depuis la fin des années 1980.

Pour contextualiser ce qui peut apparaître ici comme une aberration (la substitution du CEBEC aux deux églises fondatrices), il convient de rappeler que l'EEC avait fait une déclaration de désengagement lors de son Synode Général de 1979 et notifié à la Conférence du CEBEC conformément au texte et à l'esprit de l'article 58 des statuts du CEBEC dont la première partie énonce : " Le CEBEC peut être dissout soit sur la décision du synode général de l'EEC, soit sur la décision de la Conférence de l'UEBC notifiée à la Conférence du CEBEC par le Président de la Commission exécutive de l'EEC ou par le Président de l'UEBC ". Dès cette proclamation, les deux églises fondatrices sont entrées dans une phase de conflit plus ou moins larvé et, de surenchère en surenchère portant sur les modalités d'un " partage équitable des droits et des responsabilités dont elles assuraient en commun l'exercice au sein du CEBEC " (art. 58), elles ont bloqué tout mécanisme de conciliation au détriment des oeuvres de témoignage. La formule partage équitable des droits et des responsabilités était suffisamment sibylline pour pouvoir enrayer la machine et paralysé durablement toute initiative dans l'oeuvre d'enseignement primaire et maternel, issue en grande partie de la période d'avant l'autonomie.

Une deuxième cause de crise s'enracine dans le partenariat avec l'état qui, entre 1976 et 1986, a inondé de subventions les écoles primaires et maternelles des fondateurs privés confessionnels dont l'EEC (inscrit dans le giron du Secrétariat à l'éducation pour le CEBEC sous l'égide du Pasteur EKOLLO jusqu'en 1989 et du Pasteur MFOCHIVE jusqu'en 1992). L'utilisation de cette manne financière a abouti à terme à une gestion laxiste du personnel et des fonds. Aucune visée prospective n'a plus existé dans les sphères de décision jusqu'en 1987, à la promulgation de la loi N° 87/022 sur les établissements privés. Ce texte de loi rompait quasi unilatéralement la relation d'assistance financière massive de l'état vis-à-vis des promoteurs d'établissements privés. Il insistait en effet sur le caractère éventuel de la subvention et entraînait une forte révision à la baisse des dotations destinées aux écoles maternelles et primaires.

Le Pasteur EKOLLO termina son quatrième et dernier mandat au Secrétariat à l'éducation en 1989 et le Pasteur eeceph MFOCHIVE prit la relève dans cet environnement national morose, caractérisé par une dépression économique profonde et une diminution drastique des ressources financières.

Parallèlement, depuis 1979, la publication de l'arrêté interministériel sur les Activités Post et Péri Scolaires (APPS) par le Ministère de l'éducation nationale et le Ministère de la Jeunesse et des Sports faisait poindre une nouvelle option de la tutelle gouvernementale qui avait de manière permanente été latente jusqu'alors : faire assumer des coûts marginaux de l'éducation scolaire aux parents regroupés en Associations de Parents d'élèves (APE) " la tentation libérale a fait penser à quelques décideurs de l'appareil d'état qu'ils pourraient surmonter les effets dévastateurs de la crise financière et de la mauvaise gérance par des apports financiers de tiers. Rien n'y fit. Les soulèvements corporatistes se multiplièrent et les personnels, syndiqués ou non, vécurent la fin des années 1980 et les deux décennies suivantes dans un état belliqueux permanent vis-à-vis de leur hiérarchie sous l'aiguillon des instances hiérarchiques divisées en EEC contre CEBEC. Depuis 1976, les écoles primaires et maternelles de l'EEC évoluaient administrativement dans le giron du Secrétariat à l'éducation pour le CEBEC. Monsieur NSANGOU agissant en qualité d'assistant du Secrétaire à l'éducation en charge des établissements scolaires du 1er degré jusqu'en 1984, avait traversé les années de crise d'identité et de confiance dans les milieux des églises fondatrices d'écoles sans trop de dégâts. En 1979, le Synode Général de l'EEC proclame son désengagement du CEBEC conformément à la procédure décrite dans l'article 58 du statut de cet organisme. Cependant, cette déclaration ne vaut pas droit. La commission pour l'étude de faisabilité mise en place par le Bureau du CEBEC connaîtra l'échec en butant sur des termes inanalysés tels que le partage équitable des droits et responsabilités. En effet, le CEBEC était présumé ne rien posséder de matériel. Or la notion de " partage " imposera aux protagonistes de cette confrontation l'interprétation selon laquelle il fallait établir l'inventaire des biens communs et décider de critères de rétrocession. Jusqu'à l'heure où nous écrivons ces lignes la solution à cette énigme n'a pas été trouvée.

Avec une telle hypothèque et toutes sortes de blocages subséquents, les oeuvres des églises fondatrices du CEBEC en général et l'enseignement primaire et maternel de l'EEC en particulier eurent à pâtir fortement de la conjonction d'un contexte économique national caractérisé par l'enlisement économique et les disputes internes des églises associées dans l'aventure diaconale sous l'étendard du CEBEC.

Depuis le passage de témoin entre MM. NSANGOU et BASSONG à la gestion des écoles primaires et maternelles en 1984 et entre les Pasteurs EKOLLO et MFOCHIVE en 1989 au Secrétariat à l'éducation en charge de la coordination et du contrôle de gestion par les responsables désignés par les fondateurs églises, la suspicion et les luttes d'influence avaient pris une telle envergure sur fonds d'adhésion ou de rejet du CEBEC qu'excédé, le Secrétaire à l'éducation en poste en 1992, le Pasteur eeceph MFOCHIVE, guidé par le souci de préserver loeuvre d'enseignement primaire et maternel de l'EEC, décide de la déconcentration de la gestion des écoles. Dorénavant, la Direction EPM/EEC disposerait de pouvoirs de régulation et tout son portefeuille de gestion administrative, du personnel et financière, écherrait désormais aux Inspecteurs Régionaux qui deviennent, de fait, des Directeurs Exécutifs de succursales d'une " entreprise écoles " qui reste cependant une oeuvre de témoignage de l'église, c'est-à-dire une entreprise à but non lucratif. Rappelons que l'esprit et la lettre de la loi sur les établissements privés, promulguée en 1987 sous le N' 87/022, était sous-tendue par une option libérale qui suggérait que l'école privée était une entreprise économique à but lucratif. Les fondateurs privés laïcs ont admis et géré leurs établissements en fonction de cette option. Les fondateurs privés confessionnels, habitués de longue date à fonctionner grâce à la manne des subventions déchantèrent et entrèrent pour la plupart dans une phase de déclin qui, pour certains, frise l'agonie.

La crise du CEBEC, concomitante de cette baisse de potentiel partenarial et économique, semble avoir eu, dans les faits, un effet bénéfique de rapprochement de l'administration scolaire des populations. Apparemment toutefois, les compétences requises pour diriger et dynamiser l'oeuvre n'étaient pas l'apanage du nouvel exécutif multipolaire. C'est dans ces conditions qu'en 1992 Monsieur Jean-Daniel BASSONG fut nommé à la charge de Secrétaire à l'éducation pour le CEBEC, cumulativement avec ses fonctions de Directeur de l'enseignement primaire de l'EEC.

I.3 1992 à 1995 : La crise des dettes et l'affaiblissement durable des ressources humaines, professionnelles et financières dans l'EPM/EEC :

On peut s'en douter, dans un contexte caractérisé essentiellement par la détérioration de l'image de soi et par la crise d'identité (ce qu'a été la bataille du CEBEC depuis l'autonomie des églises issues de la Mission Protestante Française au Cameroun jusqu'à nos jours), les questions de compétence et de connaissance du métier finissent par passer au second plan et devenir le moindre des soucis des acteurs engagés dans l'activité professionnelle. Le contentieux prend le pas sur toute autre préoccupation et l'on finit par sombrer dans la confusion.

En 1995, soit moins de 10 ans après la promulgation de la loi N° 87/022 sur les établissements privés au Cameroun, la dette des écoles primaires et maternelles est évaluée à environ un milliard huit cent millions de francs (FCFA 1.800.000.000.-) C'est dire que la faillite économique est là et bien là. En 1992, alors que les enseignants faisaient débrayage sur débrayage, alors que leurs piquets de grève se multipliaient et les reproches à l'état lent à décaisser des subventions réduites à la portion congrue enflaient, l'EEC décide d'une réforme structurelle majeure : la régionalisation de la gestion. Cette décision hautement stratégique tombe à un moment et sur un terrain aride. La tête des gens n'est pas à la hardiesse d'une gestion prenant en compte les éléments de terrain et s'en servant à bon escient. Dans un contexte culturel o' la plupart des acteurs fonctionnent encore selon les tactiques supposées être celles des peuples de chasseurs et cueilleurs, les familles des nouveaux responsables vont surtout voir dans cette nouvelle option une opportunité de vivre plus facilement sur la bête. Sans tenir compte des difficultés de contexte aux niveaux des ressources et des contraintes professionnelles, les nouveaux dirigeants vont développer des réflexes de prédation qui auront des conséquences économiques désastreuses comme la dette énorme et rapidement contractée que nous avons évoquée ci-dessus. Beaucoup des enseignants et cadres, entrés dans le service de la fin des années 1950 au milieu des années 1970 " certains ayant par ailleurs falsifié leur date de naissance avec la complicité d'agents véreux des municipalités " le potentiel professionnel était devenu très bas, le personnel vieux et usée et il fallait envisagé le départ à la retraite d'environ 35 à 45% des enseignants plus ou moins qualifiés dans l'intervalle d'une décennie. Les sites scolaires eux-mêmes croulaient pour la plupart sous le poids des ans sans qu'une politique de maintenance efficace ait été pensée ni, a fortiori, mise en oeuvre.

Bref, en 1995, avec la baisse du potentiel de partenariat avec la tutelle administrative de l'état, avec la crise de confiance entre les fondateurs du CEBEC, avec les revendications syndicales dans un contexte national pourtant clairement échoué dans la recherche d'un second souffle pour un pays en crise dans ses institutions et dans les soubresauts des manifestations populaires pour une ouverture démocratique visible et durable, l'enseignement primaire et maternel est au bord de l'implosion. C'est dans ce contexte que Jean-Daniel BASSONG, Directeur de l'EPM/EEC depuis 1988 et Secrétaire à l'éducation pour le mandat 1992-1995, fait valoir ses droits à la retraite.


II. LES VOIES DE RECOURS :

De 1995 à 2007, c'est-à-dire au cours de la décennie qui conduit l'église évangélique du Cameroun à son jubilé, la Direction de l'Enseignement Primaire et Maternel a connu deux phases : 1995 à 2002, deux directions placées respectivement sous la responsabilité de Madame Tabie KAMGA et Monsieur Michel Moukouri EDEME; depuis 2002, une direction unifiée sous l'autorité de Monsieur Michel Moukouri EDEME.

Ce dernier, en tant qu'ancien conseiller pédagogique et directeur adjoint de l'Enseignement Secondaire Général et Technique de l'EEC jusqu'en 1995, posa un diagnostic sans complaisance des secteurs pédagogique, administratif, de gestion des personnels et du contentieux ainsi que des finances entre le 1er octobre 1995 et le 30 juin 1996. Les résultats des audits internes des services ainsi réalisés ont orienté l'action de toute la direction EPM/EEC et du Secrétariat à l'éducation depuis cette époque. Plusieurs processus en sont dérivés que nous évoquons ci-après seulement par leurs sigles et un bref commentaire, l'espace d'écrire n'étant pas extensible :

II.1 Gestion des personnels et contentieux :

Concernant la gestion du personnel, le portefeuille en avait été confié aux Directeurs Régionaux en 1992. La direction n'a pas jugé bon de remettre en cause cette option qui présentait plus d'avantages que de défauts. Toutefois, la faiblesse durable de la décision administrative et le peu de réalisme manifesté dans le pilotage d'une chaîne de responsabilités dont les maillons locaux (Directeurs d'écoles, Instituteurs et hiérarchie paroissiale) avaient tendance à poser des actes hostiles vis-à-vis de l'Inspection régionale et de la Direction nationale, conduisirent petit à petit à l'aggravation des problèmes. Un collaborateur proche n'a pas hésité un jour à nous répliquer : "Monsieur, le terrain est dur! Et vous, dans les services centraux, vous ne ressentez pas les difficultés dans lesquelles nous, les Inspecteurs, nous pataugeons quotidiennement. "

En fait le problème est que tout était devenu flou. Au moment de la déconcentration de l'autorité et de la gestion, le fichier central des personnels était resté dans les locaux que la Direction nationale EPM partageait avec le Secrétariat à l'éducation. Les Inspecteurs ont donc reçu de nouvelles tâches difficilement réalisables sans avoir la base de données susceptible de faciliter le placement et l'évaluation des personnels. Ceci a conduit à terme à l'émergence d'une gestion de proximité aveugle et d'une régie des effectifs depuis le centre sans possibilité de gérer effectivement les énergies et les compétences.

Ce que la direction nationale, en synergie avec le secrétariat à l'éducation, a entrepris, c'est de réaliser un fichier électronique du personnel des régions et d'en donner une copie à chaque Inspecteur, espérant que le réflexe de déconcentration viendrait de la base. Douze ans plus tard, aucun des Directeurs régionaux n'a fait la démarche. Par contre, la direction nationale a aussi élaboré et mis à disposition les cahiers de charge de l'ensemble des concernés de la chaîne professionnelle dans l'enseignement primaire et maternel de l'EEC avec, en prime, une grille d'évaluation des profils des personnels dans les processus de collaboration et de coopération dans les services.

En somme, le cadre professionnel pour utiliser de façon optimale la ressource humaine est disponible mais rarement utilisée. " Le terrain reste difficile! "

Au niveau des relations de travail entre la base et les organisations intermédiaires et faîtières, le contentieux est devenu le mode de communication quasi exclusif. Des affaires de justice pour maltraitance professionnelle, abus d'autorité et rétention des salaires sont légions depuis 1995. Après léInspection du travail, c'est généralement les tribunaux qui assument le relais et les condamnations pleuvent. Le recours est devenu aujourdéhui une pratique banale et les avocats co'tent très cher à la direction nationale et au Secrétariat à l'éducation, d'autant plus que l'identification de l'employeur, 28 ans après le désengagement de l'EEC du CEBEC, n'est toujours pas claire dans le secteur éducation de base pour l'EEC.

Nous pouvons dire que les conditions sont remplies pour une gestion efficiente et efficace des personnels mais que la distraction et la mauvaise gouvernance dominent encore largement dans le sous secteur éducation de base de l'église évangélique du Cameroun.

II.2 Finances :

Comme spécifié plus haut, la direction nationale a audité les finances de léEPM entre octobre 1995 et juin 1996 et a mis à jour une dette structurelle de un milliard huit cent millions, signifiant sans équivoque que léoeuvre était en faillite depuis longtemps. Cette dette avait essentiellement trois composantes : la dette salariale (auprès du personnel enseignant et cadre), la dette sociale (auprès de la CNPS par le biais du non reversement des retenues sur salaires ni non plus la part patronale) et la dette fiscale (auprès de l'état).

De 1997 à 1999, la direction a entrepris deux actions : la signature d'un moratoire CNPS qui a abouti en mai 1999 et la mobilisation, à partir de 1997, de la société civile pour le désendettement des écoles privées à travers la création d'une instance dénommée le Club de Yaoundé.

En marge de ces actions visant à corriger le passif de l'oeuvre, la direction a travaillé aussi dans le sens de produire des outils de gestion permettant un contrôle efficient et de rétablir un peu de justice dans la répartition des biens entre ouvriers. C'est ainsi que dès la rentrée 1996-1997, une fiche de contrôle d'exécution du budget au niveau de l'école fut mise à la disposition des Inspections régionale pour consolider les comptes de gestion des écoles et permettre un retraçage des fonds en recettes et dépenses. Autant avouer que cet outil a toujours soulevé beaucoup de défiance auprès des directeurs d'écoles et des directeurs et caissiers régionaux, ce qui n'a jamais permis d'atteindre un niveau de transparence suffisant pour oser une stratégie de redressement par la négociation terme à terme.

Compte tenu des sources de financement des activités scolaires dont les deux principales sont demeurées les frais de scolarité d'une part et, d'autre part, les subventions, la direction nationale a conçu une fiche de consolidation générale susceptible de lui permettre d'introduire un facteur d'équité dans la répartition des ressources financières entre tous les ayant droit. Ce formulaire dit de consolidation des comptes dans l'oeuvre permet, à défaut de résoudre tous les problèmes de faiblesse économique, au moins de préserver la paix dans la conscience de ceux qui savent qu'ils ne sont pas moins bien traités que les responsables hiérarchiquement plus élevés qu'eux.

Somme toute, la question financière est une question très pénible dans l'enseignement primaire et maternel de l'EEC. Nous pensons qu'il serait judicieux que la norme de gestion financière fasse l'objet d'un rapprochement avec la gestion du personnel et le contentieux.


II.3 Didactique et Pédagogie :

Le produit phare de l'école est la connaissance du métier qui valorise l'enseignant et permet à la classe, unité de base de la production scolaire, d'être mise en vedette ou, à tout le moins de soulever l'enthousiasme des familles face au devenir de leurs enfants.

Entre 1995 et aujourd'hui, la direction nationale a tenté à plusieurs reprises d'intéresser les personnels de l'enseignement primaire et maternel à la méthode DYFOP (Dynamisation Fonctionnelle de la Pédagogie) que nous avons mise au point entre 1988 et 2001. Cette méthode s'appuie sur des processus de didactique et de conduite de cours ainsi que de gestion de la classe que nous appelons le Procédé POSF (Pondération des Objectifs pédagogiques et Stratégies optimisées de Formation). Il semble cependant que ce soit une approche ardue et que des personnes sans qualifications académiques de haut niveau et sans moyens de vie suffisants aient beaucoup de peine à assumer les contraintes imposées par cette approche active et participative de la formation.

La méthode de DYFOP répond de façon cohérente à la question des aptitudes des gestionnaires du savoir et des savoirs faire dans le contexte scolaire. C'est ainsi que la méthode met un point d'honneur à faire prendre en charge toutes les fonctionnalités nécessaires au processus d'enseignement-apprentissage et à les optimiser. Ces fonctionnalités sont classées en 5 catégories comme suit :
1. fonctionnalités programmatiques (transposition didactique, conception et rédaction des logigrammes, des codex des objectifs et des syllabus ...) Dans le corpus de la méthode, les catégories suivantes sont identifiées :
Catégorie 1 : Elaboration et exploitation d'un guide de cycle de formation
Catégorie 2 : Conception, élaboration et exploitation d'un programme scolaire
Catégorie 3 : Planification des activités de la vie et/ou de la formation scolaire
Catégorie 9 : conception et élaboration de projets de recherche (psychopédagogie, didactique, docimologie, économie de l'éducation, prospective scolaire et professionnelles, etc.)
Catégorie 10 : mise en oeuvre des projets (psychopédagogie, didactique, docimologie, économie de l'éducation, prospective scolaire et professionnelles, etc.)
2. fonctionnalités didactiques (objectif spécifique, d'expression et/ou de maîtrise)
3. fonctionnalités pédagogiques (stratégies de transfert multidirectionnel)
4. fonctionnalités docimologiques (évaluations à tous les niveaux et dans toutes les situations)
5. fonctionnalités culturelles et spirituelles (Bibliographies, iconographies et leurs lieux de stockage et d'archivage : bibliothèques, ludothèques, etc.)

En guise de conclusion et pour ne pas tirer en longueur, l'EPM de l'EEC est une 'uvre qui souffre aujourd'hui de nombreux maux mais dont le potentiel est immense. Il suffit de libérer les énergies et la créativité qui ont été bridés dans les disputes du CEBEC autrefois, dans la crise des moyens et des structures nationales plus récemment mais surtout dans les effets d'une réforme structurelle menée de façon hasardeuse dès 1992.


Michel Moukouri EDEME,
D.EPM/EEC et Séduc CEBEC.