"Vous êtes le sel de la terre"

Analyse vétérotestamentaire du thème de l’année de l’EEC, faite par le Professeur Philémon Mbélé, de l’Université Protestante de l’Afrique Centrale (UPAC)  à Yaoundé.

Les versets 13 à 16 de Mathieu qui contiennent cette déclaration de Jésus s’inscrivent dans un vaste ensemble appelé Sermon sur la montagne. Ce sermon s’étend  du chapitre 5 au chapitre 7. Il constitue le vaste, important et profond enseignement de Jésus dont Mathieu nous a conservé tout l’ensemble, tandis que Marc et Luc en ont des extraits épars. Le sermon sur la montagne est techniquement appelé « Charte du Royaume de Dieu », c'est-à-dire la loi fondamentale,  règle qui régit la vie du Royaume. Il faut donc l’examiner à fond.

La déclaration qui nous intéresse  vient après les béatitudes  «Heureux… car … » (v.3-12) et précède la plus profonde interprétation de la loi : « avez appris qu’il a été dit…, mais moi je vous dis » (v.17-48) « vous êtes le seul de la Terre… »
Jésus utilise deux images bien connues des ses auditeurs et même de tous les hommes, j’allais dire de tout le genre humain : le sel. Nous allons essayer, à partir des textes  bibliques relever quels sont le rôle et l’importance de ces deux éléments dans la vie de l’homme afin que nous puissions bien comprendre ce que Jésus dit alors de ses disciples et après eux, de ceux qui croiront en lui. Notre étude se divise donc naturellement en deux points : d’abord l’étude du sel en elle-même et ensuite nous pourrons tirer nos conclusions.

Analyse du Sel
Le terme hébreu « melach » qui signifie sel couvre un vaste champ d’emploi. En effet, le sel est employé de diverses manières  dans la vie du peuple d’Israël. Il est donc considéré sous ces divers aspects de son utilisation. Il intervient tant dans la vie civile que dans la vie religieuse.

a)    Dans la vie civile
Le sel joue cinq rôles importants dans la vie civile du peuple de la Bible. Il est ainsi :
- Le condiment indispensable dans l’alimentation de l’homme en raison de sa faveur qu’il apporte aux aliments. On y attachait à ce titre tant de prix que l’expression « manger le seul de quelqu’un » était synonyme d’ « être attaché à la maison de celui-là », « lui être dévoué », « lui être fidèle » Esdras 4 :14
- L’élément de conservation : le sel servait à préserver et à conserver les aliments de toutes sortes : poisson, viande, légumes, olives. On le mêlait même au fourrage du bétail pour les mêmes buts : Es.30 :24
- L’élément de préservation : on frottait le sel les nouveau-nés pour pensait-on, les protéger de l’influence maléfique et mortelle des démons : Ezéchiel 16 :4. Le sel avait même des vertus thérapeutiques contre une plaie, contre une rage dentaire. On saupoudrait de sel la plaie ou alors on déposait du sel dans la cavité de la dent malade. Il est purificateur («2 Rois 2 : 19 ss ).
- L’élément  dans l’alliance : au moment de conclure une alliance, les parties contractantes partageaient ou suçaient le sel, symbole de durée et d’inviolabilité de l’alliance ainsi établie. Une telle alliance s’appelait « alliance perpétuelle » (Nombres 18 :19 ; Chr. 13 : 5 )
- Instrument de malédiction : à la guerre, pour montrer et marquer que les localités conquises étaient vouées à la désolation et à la stérilité définitives, on répandait du sel sur leur ruines en prononçant des paroles de malédiction : Juges 9 : 45 ; Josué 6 : 24 – 25 ; cf Ps. 107 : 34 ; Deut. 29 : 22.

b)    Dans la vie religieuse

Dans le cérémonial des sacrifices, le sel tenait une place très importante, jouant un rôle à triple aspect.

    Toutes  les oblations et toutes  les offrandes devaient en  être  saupoudrées : Lév.2 :13 ; Ezech.13 :24. Il était si indispensable dans les sacrifices et les offrandes qu’on l’appelait « le pain ou l’aliment de Dieu » Lév. 21 : 6, 8, 17, 22. On salait abondamment les mets offerts en sacrifices pour les rendre agréables à Dieu (cf Ex. 30 : 35 ; Lév. 2 : 13 ; Ezéch. 43 : 24. Le sel servait donc de condiment  dans les sacrifices à Dieu.

    A cause du sens qu’on lui donnait dans la conclusion de l’alliance dans la vie civile, le sel avait pris cette même valeur dans les sacrifices au point où l’on parlait du sel, comme « alliance de ton Dieu ». Lév.2 :13 ou alliance durable de Dieu, alliance perpétuelle (Nombres 18 :19 ; 2 Chro. 13 : 5).

    On mêlait le sel à l’encens à cause de son caractère incorruptible et pour faciliter  la combustion du parfum. Ex. 10 : 35. Voilà la première image de la déclaration de Jésus.
En prévision des difficultés de la vie chrétienne, Jésus nous recommande d’« avoir du sel en soi même ». C’est dire qu’au cœur des épreuves, il faut être soi-même savoureux pour pouvoir être en paix avec les autres (Marc 9 :50).

Conclusions
Jamais images ne sauraient et ne pourraient être plus éloquentes, plus parlantes et plus profondes  que celle du sel qu’utilise Jésus dans Mathieu 5 : 13-16. Il ressort de la déclaration trois vérités fondamentales pour tous ses disciples.
1.    Jésus ne dit pas : « vous serez le sel de la terre », ou encore « il faut que vous soyez le sel de la terre ». Mais il dit : « vous êtes le sel de la Terre ». il nous fait la grâce de l’être, il ne nous demande pas de l’être. Il nous accorde ce privilège. Mais comme tout privilège exigé, « être le sel » devient une responsabilité.

2.    Les lieux où le sel agit sont significatifs : la terre. C’est là où nous sommes à la fois. Ce n’est pas au ciel, mais ici sur terre et maintenant.

3.    Jésus-Christ est en réalité le marais salant, le marais salin. Il est en même temps lumière. Nous ne sommes en réalité que sel et points lumineux chacun à son niveau, chacun à sa façon. Notre qualité de sel et de lumière dépend de notre appartenance totale à Christ.