Dialogue Interreligieux
Chrétiens et musulmans main dans la main au Cameroun
Démonstration a été donnée au cours du 54è Synode Général de l’EEC tenu du 1er au 7 mars à Foumbot. Après des séances de travail en commun, Pasteurs et Imams, dignes représentants de ces deux clivages religieux, ont posé les jalons d’une cohabitation pacifique, d’une complémentarité sociale et d’un dialogue convivial.


« Se rencontrer, vivre et agir ensemble ». Cette devise du Dialogue Interreligieux (DIR), notamment islamo chrétien, traduit à lui seul l’objectif ou mieux la vision de ce programme qui se veut être un pont dans le partenariat entre chrétiens et musulmans, ceci dans le but de cultiver la tolérance et la paix. En effet, il est question de se rencontrer pour mieux se connaître. Rencontrer des hommes et des femmes différents de nous dont les habitudes bien que différentes sont pourtant riches en valeurs. Vivre ensemble les moments heureux et malheureux. Agir pour le développement commun parce que l’union fait la force.
L’actualité dans les médias nous abreuve ces derniers temps des violences survenues ça et là entre chrétiens et musulmans dans de nombreux pays. Au regard de cette violence, la Bible nous interpelle et nous exhorte plus que jamais à aimer le prochain. Mais en fait qui est mon prochain ? Est-ce celui, celle  qui est chrétien (ne) comme moi ? Le prochain n’est nul autre que celui ou celle qui est différent(e) de moi, qui ne pense pas comme moi et qui pourtant est créature de Dieu, un être humain que je dois aimer et respecter.
Le DIR est un programme initié par l’EEC depuis quelques années pour inciter les chrétiens vivant dans les zones musulmanes comme le Noun, le Grand nord en occurrence à aller vers l’autre pour mieux le connaître  et ainsi mieux vivre ensemble. Ce projet voudrait travailler pour Jésus-Christ, pour l’épanouissement, la coexistence pacifique entre les deux communautés de foi.
La Mission Evangélique Unie (MEU), communion de 34 Eglises dans le monde reparties dans trois continents dans sa mission première  qu’est l’évangélisation, soutient financièrement ce programme. En effet, elle est très satisfaite déjà de l’impact de celui- ci sur les populations locales et souhaite que cela aille de l’avant.
Depuis plus de trois ans, le DIR se déploie également avec l’appui financier des efforts locaux dans quatre régions synodales à savoir : le Noun Sud, le Noun nord & Mayo Banyo, le Grand Nord et l’Est. Dans le Noun nord et Mayo Banyo, le Sultan Ibrahim Mbombo Njoya, roi des bamoums est très impliqué dans ce programme. C’est ainsi qu’il a octroyé un terrain pour la construction d’un centre islamo chrétien à Foumban. Un exemple que veulent suivre les autres régions synodales impliquées dans ce programme.
Si jadis cette cohabitation entre les deux communautés de foi fut marquée par des exclusions, des relations conflictuelles, de cloisonnement des communautés humaines enfermées dans l’intégrisme, de la conversion forcée par le mariage, des sermons violents et provocateurs, de la fragilisation de la minorité par une précarité économique et des commentaires tendancieux ; fort heureusement aujourd’hui, cette ère est bel et bien révolue.
L’EEC en tant qu’Eglise en mission, ouverte au dialogue à travers le DIR a mis sur pied  des comités locaux mixtes pour consolider la paix et la coexistence harmonieuse au sein des populations.
En outre, la vocation de ces comités est de développer le dialogue dans les familles, multiplier des contacts et échanges individuels entre chrétiens & musulmans et entreprendre  des visites de solidarité dans le sens de la diaconie pour la promotion  du respect de la vie humaine et de l’amour du prochain. Généralement, ils rendent visite aux malades et prisonniers pendant les fêtes religieuses (Fête du mouton et Noël).


« Se savoir différent, mais se vouloir complémentaire »
De la cohabitation pacifique  séculaire entre chrétiens et musulmans dans le Noun, le peuple tout comme au premier chef, son leader spirituel qu’est le Sultan à travers sa présence régulière dans toutes les cérémonies d’Eglise voudrait « vivre son unité originelle, se rencontrer, agir ensemble pour lutter contre la pauvreté, la corruption, la pandémie du Sida, la criminalité, le sous développement socio culturel et économique tout en gardant sa pluralité religieuse ».
Dans ce monde en proie à l’intégrisme et au fanatisme religieux avec la polémique soulevée par la question des minarets, le port du voile (burqa), de la laïcité, du terrorisme en Europe et ailleurs, le cas du Noun et du Cameroun  est assez typique et fort intéressant voire édifiant car aussi longtemps que l’on puisse se souvenir, aucune famille là bas n’est exclusivement chrétienne ou exclusivement musulmane. C’est pourquoi la recherche du site pour la construction d’un lieu de rencontre NEUTRE constitue  déjà en soi l’impact visible de ce dialogue et représente également un exemple de cette tolérance.
Le DIR a eu un écho favorable auprès du Sultan Ibrahim Mbombo Njoya qui lors du culte d’ouverture du 54è Synode général de l’EEC à Foumbot dans la Région Synodale du  Noun Sud a déclaré avec fierté que « face aux relations entre les principaux courants religieux empreintes d’intolérance et d’incompréhensions, il faisait du dialogue interreligieux notamment islamo chrétien son cheval de bataille et fera tout pour préserver cette diversité religieuse qui constitue en fait l’identité du Noun ».
En réponse du berger à la bergère, il a souhaité que le pasteur Sadrack Djiokou soit l’ambassadeur et le porte parole des actions menées par les bamoums dans ce sens. Si le cas du Noun est extraordinaire, celui de la partie septentrionale du pays est encore plus difficile en ce sens que  c’est une zone où règne un islam fermé.
La stratégie à adopter dans ce cas de figure demande assez de temps, de patience et d’endurance. Pour contourner ces difficultés, il faut cibler  les tribus influentes dans chaque ville (Arabes, Foulbés, Kotoko et Haoussa) et faire valoir le dialogue en créant un comité mixte ; organiser des journées de diaconie pour venir en aide aux personnes déshéritées.
Il est tout de même déplorable que beaucoup dans cette région fassent montre de très peu d’engouement dans ce programme pourtant salutaire pour la sauvegarde de la paix  et pour la promotion du développement durable. « Malgré cette méfiance du départ, le DIR doit insister patiemment dans un programme continu » affirme le Coordinateur national, M. Josué Charré.
La région de l’Est pour sa part, bien que dernière à adhérer à ce programme a fait preuve d’un grand dynamisme. Cependant, seules les communautés bamoun vivant à Bertoua ont  accepté favorablement ce programme. Les autres communautés de foi (Foulbés, Baya et Haoussa) ayant affichées quelques réserves. Ainsi, pour les approcher, cela requiert beaucoup de tact et de délicatesse dans le dialogue. En fait, il faut éviter de discuter sur les dogmes religieux, (prosélytisme) et les associer au mieux en créant  des comités mixtes et en s’investissant dans la diaconie.
Rappelons que ce projet, initié par le feu Rev.Dr Joseph Mfochivé, a fait l’objet d’une attention particulière de la part du  Pasteur Isaac Batomé Henga, Président de l’EEC. En fait, pour ce dernier, le DIR se présente comme « une nécessité vitale pour une communauté comme la nôtre, ouverte sur autrui et engagée à vivre et agir ensemble pour rechercher les solutions aux problèmes qui minent notre société ».
Reste à ouvrir un partenariat entre ce programme au Cameroun et des initiatives prises ici en Afrique comme ailleurs en Asie ou en Europe. Cet exemple unique en son genre devrait avoir un impact sous d’autres cieux. Ce qui  permettrait véritablement aux personnes bien que différentes de vivre dans la paix et l’unité ; car le bénéfice d’une telle initiative est aussi et surtout de se faire connaître afin de déboucher sur des échanges porteurs d’espoir.
Puissions nous apprendre de ces paroles saisissantes de Hans Hung pour qui « il ne peut avoir de paix parmi les hommes, sans paix entre les religions. Il n’y a pas non plus de paix entre les religions sans dialogue. Il ne peut avoir de dialogue entre les religions sans véritable connaissance les uns des autres ».

Esther FOTSO